Jesse James, Robert Ford et moi

On m’a demandé il y a peu quel film m’avait marqué de manière singulière, ces dernières années.

Plusieurs titres me sont venus à l’esprit, mais c’est avec assez de spontanéité que j’ai répondu : « L’Assassinat de Jesse James… »

Comprendre : « The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford » d’Andrew Dominik.

J’ai invoqué plusieurs raisons : la beauté fanée de sa photographie, l’intensité de son interprétation (la violence rentrée de Brad Pitt, l’ambiguïté de Casey Affleck, son caractère pathétique) et la musique de Warren Ellis et Nick Cave, que je continue d’écouter régulièrement. C’est, en gros, ce que j’ai répondu.

Puis j’ai repensé à tout cela, quelques jours après. Entretemps, j’avais revu certaines scènes marquantes, tout un tas de photos…Avec le recul, je me rends compte que ce film a eu un impact sensible sur ma manière de décrire un paysage ou une émotion. Je travaille à coup d’impressions visuelles, c’est comme ça que je fonctionne, et ça n’a rien d’extraordinaire. Il doit y avoir une ambition avortée là derrière, mais passons.

Je crois également que ma lenteur exaspérante à écrire, mon caractère presque maniaque, tiennent en partie à mon impuissance à produire des images. Je n’ai aucun talent pour la photo, pour le dessin, et sans doute pour la réalisation. Il faut donc que je parvienne à traduire mes images intérieures, faute d’autres moyens, en mots très justes.

Ce film, donc, représente à mes yeux une étape importante. J’y ai trouvé des résonances troublantes avec mes propres intuitions. Mais au-delà de sa valeur esthétique, il m’a permis je crois de mettre des mots sur des sentiments que j’avais intériorisés et laissés en friche. Mélancolie sans objet défini et propension à la colère, une certaine violence aussi, et ce conflit d’image parfois douloureux : qui je suis, qui je crois être, qui j’aurais aimé devenir. Tout est là, sous la forme d’un voyage dans les limbes.

J’aurais pu citer d’autres œuvres marquantes, mais aucune pour ces raisons exactes. Treize ans après la séance de cinoche, après sept ou huit visionnages et des centaines de photos, rien n’a changé. Je crois que j’entretiendrai toujours avec ce film une relation particulière.

Et toi, l’ami, quelle est ton âme sœur cinématographique ?

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