Les eaux d’avant

Des hommes causent politique devant la mosquée, en attendant l’heure du prêche et des dévotions. Ils font des gestes amples pour souligner leurs propos.

Keren les dépasse. Elle suit une ruelle qui descend gentiment au milieu des arbres, devient un chemin puis un sentier.

Elle se remémore le fleuve de l’enfance, tout au bout, et un certain coin de sable caché derrière les bougainvilliers, que les Palestiniens nomment majnouneh depuis toujours. Elle se rappelle l’eau verte coagulée autour des racines, et les galets plus vieux que les citadelles en ruine.

Debout sur la rive, Keren retire ses chaussures de combat. Puis elle entre dans le Jourdain à l’ombre des arbres.

Peut-être est-ce la tiédeur du fleuve, dans ce repli où il semble s’attarder comme s’il prêtait l’oreille aux voix paresseuses des hommes, peut-être est-ce la présence sous les pieds de Keren des traces disparues de ses pas d’enfants, mais voilà qu’elle se souvient tout à coup d’un jour de très grand soleil.

Les oliviers flambaient sur les collines.

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